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Les racines d'Aphépsêma

Tout a commencé dans mes bagages, au retour de Chypre.

Depuis toujours, je rapportais de la menthe et de l'anis. C'était mon remède contre le mal du pays, celui des soirées d'hiver. Mal à l'estomac ? Digestion difficile ? Mal à la tête ?

Menthe et anis vert.

Au fil des années, j'ai pris l'habitude de terminer les repas entre amis autour d'une tisane réconfortante qui adoucissait les lendemains de soirées trop arrosées, remplies de musique et de rires.

À la fin de mes études, une idée s'est imposée : créer à Paris un lieu entièrement consacré à Chypre, où l'on retrouverait des saveurs, des objets et des histoires de l'île, loin des clichés.

Le lieu n'a jamais vu le jour.

En revanche, les plantes dans mes valises étaient de plus en plus nombreuses.

J'en remplissais de petits pots que j'offrais à mes proches.

Sans le savoir, Aphépsêma était déjà en train de naître.

Encouragée par mon entourage, j'ai décidé d'aller plus loin.

Lors d'une excursion au monastère de Machairas, dans les montagnes du Troodos, j'ai acheté presque toutes les plantes qu'ils proposaient.

Puis, de fil en aiguille, je suis partie à la rencontre d'autres producteurs, partout dans l'île.

Je les ai choisis avec exigence, autant pour la qualité de leurs plantes que pour leur manière de cultiver la terre.

Je travaille aujourd'hui avec des femmes et des hommes qui la respectent profondément, convaincus comme moi que prendre soin des sols, c'est aussi prendre soin de nous.

Une valise remplie d'échantillons, de saveurs et de projets est revenue avec moi.

J'ai commencé à goûter chaque plante à l'aveugle, sans connaître son producteur.

Je choisissais uniquement celle dont le parfum, le goût et la couleur éveillaient quelque chose en moi.

Pendant cette période, j'ai beaucoup étudié.

J'ai lu des ouvrages consacrés aux plantes, à leurs principes actifs et à leurs usages, ainsi que la pharmacopée française.

Je voulais comprendre autant que ressentir.

J'ai testé.

Puis retesté.

Ajouter.

Enlever.

Un peu moins.

Un peu plus.

Ma famille et mes amis ont accepté de devenir mes goûteurs.

— Beurk…

— Oh, superbe !

— Ah, trop fort !

— Elle est amère !

— J'adore !

Chacun avait ses préférences.

Moi, je n'en avais qu'une : trouver l'harmonie.

Créer une musique où chaque ingrédient serait une note.

Le premier accord qui m'a profondément émue fut celui du thé des montagnes, des fleurs de sureau et de la bergamote.

Mon Earl Grey à moi.

À la fois frais, solaire et profondément méditerranéen.

Puis est née Hermès & Aphrodite.

C'est sans doute l'infusion la plus intime de toute la collection.

Le rosier de Damas de notre jardin a été planté le jour où mes parents se sont mariés.

Il a traversé les années, les hivers et les étés brûlants de Chypre.

Chaque printemps, sa floraison est une fête pour les yeux et un enchantement pour l'odorat.

Un jour, j'ai planté un romarin juste à côté.

Au fil des saisons, leurs parfums se sont naturellement accordés.

Je ne les ai plus jamais imaginés l'un sans l'autre.

Lorsque j'ai commencé à composer mes infusions, cette évidence s'est imposée.

Hermès & Aphrodite est bien plus qu'un assemblage de plantes.

C'est une manière de faire vivre un souvenir.

De relier mon histoire familiale à la terre qui m'a vue grandir.

Le chemin des essais, des lectures et des découvertes a été un véritable moment d'ébullition créative.

Ma casserole, ma passoire et ma petite théière transparente furent mes premiers outils de création.

J'en garde un souvenir profondément heureux.

Aujourd'hui encore, je crée chacune de mes infusions de la même manière.

J'écoute les plantes.

Je les goûte.

Je les assemble avec patience.

Jusqu'à ce que chacune trouve naturellement sa place.

Comme une note dans une partition.

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